Sous le contrôle des pays riches, où se concentrent la majorité des
flux de capitaux, l'économie financière prend le pas sur l'économie
réelle. Moins maîtrisables parce que sans contrôle, ces
fluctuations menacent la stabilité des États. Ce fut le cas lors de
plusieurs crises en Asie, en Russie et au Mexique. Ce sont les
populations qui en ont fait les frais. Aujourd'hui, 90 % des
opérations boursières sont spéculatives, de courte durée et souvent
destructrices d'emplois.
Bien sûr, tous les secteurs de l'économie ne
sont pas perdants. Il n'est pas non plus possible d'attribuer
toutes les pertes d'emplois aux conséquences de la mondialisation.
Mais certaines données sont inquiétantes. Aux Etats-Unis 395 000
emplois perdus depuis l'entrée en vigueur de l'ALÉNA. Au Canada
dans la téléphonie, le transport et certains secteurs de la
métallurgie, des milliers d'emplois ont été perdus. L'avenir de
l'usine General Motors à Boisbriand est soumis aux diktats d'une
transnationale. En janvier 2001, Daimler-Chrysler annonce,
rationalisation oblige, une coupure de 3 000 à 6 000 postes. Qui
profite des. nouvelles technologies ?
La mondialisation est promue par des acteurs
bien connus: Banque mondiale (BM), Fonds monétaire international
(FMI), Organisation de coopération et de développement économiques
(OCDE), entreprises transnationales, spéculateurs et banquiers.
Elle est malheureusement acceptée par nos gouvernements. Elle
s'appuie sur des politiques qu'elle impose : libéralisation,
déréglementation, privatisation et réduction du rôle des
gouvernements.
Sous le capitalisme naissant du dix-neuvième
siècle, c'était la loi de la jungle, la loi du plus fort! Elle
imposait aux ouvriers, aux ouvrières et parmi eux, aux enfants, des
conditions inhumaines de travail. Fort heureusement, les luttes
syndicales, sociales et politiques des dix-neuvième et vingtième
siècles ont infléchi l'histoire du capitalisme. Nos luttes
syndicales ont forcé les entreprises à se conformer à des règles du
jeu. Le mouvement syndical a contribué à l'abolition du travail des
enfants. Il a gagné des droits, des lois du travail et pu négocier
des meilleures conditions.
Une des manifestations de la mondialisation et
de la montée du néolibéralisme est la négociation de traités
commerciaux bilatéraux et multilatéraux. En Amérique du Nord, nous
connaissons le traité de libre-échange Canada - États-Unis, puis
l'ALÉNA, qui en a englobé le Mexique. Les gouvernements et le monde
des affaires prétendent que ces traités ne sont que des accords
commerciaux qui se limitent à définir les conditions d'échange des
biens et des services. Leur objectif principal serait d'éliminer
les barrières de toutes sortes afin que les capitaux puissent
circuler librement et que les investissements puissent se faire
avec de moins en moins de contraintes.
Tous les jours, nous entendons parler de
mondialisation. À nos tables de négociations, le mot nous est servi
à toutes les sauces pour justifier des demandes patronales de
réductions de salaires, de baisses de conditions, de souplesse dans
l'organisation du travail. Nous serions face à un phénomène auquel
il faut se soumettre sans trop poser de questions. Qu'en est-il
vraiment?
La période de la jeunesse s'allonge comparativement aux générations
précédentes et l'entrée définitive sur le marché du travail est
plus tardive. Les parcours des jeunes se complexifient, ce qui
contribue à diversifier les modes de vie.
Mandaté par la FTQ pour agir à titre conseil
sur des questions touchant les jeunes, le Comité des jeunes de la
FTQ n'a pas chômé depuis sa création à la suite du dernier congrès.
L'équité est une des valeurs fondamentales de
l'action syndicale et c'est au nom de cette équité que les jeunes
interpellent les plus âgés en ce qui concerne particulièrement la
multiplication des statuts d'emploi qui précarisent le travail et
transforment en profondeur le marché du travail. Ces
transformations ne touchent pas seulement des jeunes mais si elles
continuent de s'étendre dans de nouveaux secteurs et types
d'emploi, elles façonneront un marché du travail précaire dont nul
ne pourra plus sortir. En milieu syndiqué, on aurait pu se croire
un peu à l'abris de cette précarisation mais les employeurs,
surtout du secteur des services, ont utilisé à outrance toutes les
flexibilités qui existent dans les conventions collectives pour
créer des postes de plus en plus précaires, avec des heures
réduites ou des horaires flexibles et changeants.
«Les syndicats sont trop forts!...
Y'exagèrent!... L'économie du pays s'en va chez le diable à cause
d'eux autres! Sont toujours en grève!... À la fin de l'année, ça
fait combien de jours perdus, toutes ces maudites grèves-là?...
Hein?... Combien?...Le sais-tu!...» Tout le monde a entendu ce
genre de propos. L'ennui, c'est que ce propos est le résultat d'une
illusion d'optique.