2009-10-06Nouvelle
Journée mondiale pour le travail décent:
Le mouvement syndical plus nécessaire que jamais
Le 7 octobre prochain, la CSN, la CSD et la FTQ se joindront pour
la deuxième année consécutive à la Confédération syndicale
internationale (CSI) à laquelle elles sont affiliées, pour
souligner la Journée mondiale pour le travail décent. Lancé en 1999
par l’Organisation internationale du travail (OIT), le concept de
travail décent signifie l’accès pour tous, homme ou femme, à un
emploi productif dans des conditions de liberté, d’équité, de
sécurité et de dignité. Il repose sur quatre piliers : la promotion
de l’emploi, les droits du travail, la protection sociale et le
dialogue social. L’OIT reconnaît aussi aux organisations syndicales
un rôle essentiel dans le soutien et la mise en œuvre de cet
objectif au sein de chaque pays.
«
Il va donc de soi que, pour
nous, l’accès à un travail décent commence par la pleine
reconnaissance du droit d’association et de négociation. Droit qui
encore aujourd’hui est trop souvent bafoué, même au Québec
», d’indiquer la présidente de la CSN, Claudette Carbonneau. Même
si notre taux de présence syndicale se maintient autour des 40 %,
les attaques contre le mouvement syndical demeurent nombreuses. «
Outre de contester notre
légitimité et de remettre en question notre mode d’accréditation
syndicale, les tenants de la droite nous accusent de nuire au
développement du Québec, d’être responsables du chômage et de nos
problèmes de productivité. Un peu plus et ils nous accuseraient
d’être à l’origine de la crise actuelle ! »
Or, plusieurs études montrent très bien que des organisations
syndicales fortes, tant dans les entreprises que dans la société,
loin d’être un frein au développement économique et social,
favorisent la productivité, un meilleur partage de la richesse et
une plus grande équité sociale. En fait, le consensus actuel est
plutôt à l’effet que le taux de chômage a peu à voir avec la
syndicalisation et la protection de l’emploi. Le climat des
relations de travail compte bien davantage. Les pays où le dialogue
social et la négociation collective sont bien intégrés et surtout
acceptés ont d’excellentes performances économiques.
Le travail décent comme réponse à
la crise
Cette année, la Journée mondiale pour le travail décent se
déroulera alors que l’économie mondiale traverse une crise
financière, économique, sociale et environnementale sans précédent.
Si l’économie québécoise semble avoir mieux résisté, il n’en reste
pas moins que la situation de l’emploi s’est fortement dégradée et
que le chômage pourrait mettre du temps à se résorber. «
Bien que certains signes laissent
entrevoir une sortie de la récession, nul ne sait si la reprise
sera durable, ni quelle sera sa vigueur. Par contre, il est certain
que les choses ne doivent pas recommencer comme avant. Outre une
réglementation accrue des marchés financiers, l’accès pour tous à
un travail décent constitue une voie incontournable pour sortir du
marasme actuel provoqué par une finance débridée et une foi aveugle
dans les vertus autorégulatrices du marché », de poursuivre
François Vaudreuil, président de la CSD.
L’appel pour une relance fondée sur le travail décent a été lancé
en juin dernier lors de la 98e réunion annuelle de l’OIT, alors que
les représentants gouvernementaux, patronaux et syndicaux de
plusieurs pays, dont le Canada, ont conclu un Pacte mondial pour
l’emploi. Les dirigeants du G20, réunis à la fin du mois de
septembre à Pittsburgh, ont d’ailleurs repris cet appel et se sont
engagés à placer l’emploi de qualité au cœur de la relance. «
Nous agirons pour faire en sorte
que ces engagements soient autre chose que des vœux pieux. Les
gouvernements canadien et québécois ont une obligation morale de
s’inspirer du Pacte mondial pour l’emploi et de relancer la
croissance sur de nouvelles bases. Par conséquent, ils ont aussi
l’obligation de reconnaître le rôle et l’apport des organisations
syndicales à cet égard », affirme le président de la FTQ,
Michel Arsenault.
On connaît bien l’avantage d’être syndiqué : salaire horaire moyen
supérieur (en 2008, 22,69 $ pour les syndiqués contre 18,30 $ pour
les non-syndiqués) ; accès à des régimes d’avantages sociaux plus
généreux (assurance-maladie complémentaire, assurance-vie, régime
de retraite, etc.) ; de plus longues périodes de vacances ; des
aménagements du temps de travail facilitant davantage la
conciliation famille-travail ; des mesures de santé et sécurité ;
un accès plus équitable à la formation, etc. Mais, on oublie un peu
trop facilement que l’action syndicale, c’est aussi des luttes pour
obtenir le respect et la dignité pour les travailleurs et les
travailleuses, des interventions pour assurer la pérennité des
emplois et des entreprises, des actions en faveur de
l’environnement, et des combats pour de meilleures protections
sociales. Protections qui bien que souvent insuffisantes, c’est le
cas notamment du programme d’assurance-emploi, nous permettent
toutefois de traverser ces moments difficiles en assurant un
soutien aux salarié-es touchés et en jouant un rôle de
stabilisateur économique.
Comme le souligne une étude récente de Ludek Rychly du BIT (mai
2009), le dialogue social et la négociation collective sont des
atouts pour les sociétés et doivent être encouragés. En entreprise,
la négociation collective incite à l’échange d’information et à la
prise en compte des intérêts et préoccupations de toutes les
parties prenantes. Réalisée dans un climat de transparence, elle
permet souvent d’éviter les suppressions de postes ou les baisses
de salaires et de trouver des solutions pérennes. Sur le plan
macro, le dialogue social permet de construire et d’assurer les
conditions d’une croissance et d’un développement économique
équitable et durable, c’est-à-dire soucieux à la fois des gens et
de l’environnement.
«
En période de crise économique,
cet aspect de l’action syndicale revêt tout son sens, et nous osons
croire qu’il n’est pas étranger au fait que le Québec, avec son
taux de syndicalisation de 40 %, s’en sort relativement mieux que
ses voisins. Plutôt que de chercher à affaiblir cet avantage, nous
souhaitons que cette Journée mondiale pour le travail décent soit
un moment privilégié pour reconnaître la légitimité, les mérites et
l’importance de la syndicalisation pour les salarié-es,
leurs entreprises et pour l’ensemble de la société », de conclure
les dirigeants syndicaux.
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