2001-02-27
Nouvelle
La FTQ et le projet de loi sur le Code du
travail : « Une dragée toxique que nous refusons d'avaler
»
« Même si le projet de loi 182 contient
plusieurs éléments positifs, il contient aussi une terrible dragée
toxique : des modifications à l'article 46 du Code du travail qui
ouvrent toute grande la porte à la sous-traitance et à la
désyndicalisation. À cause de cette brèche énorme qu'il fait dans
le Code, le projet est inacceptable dans sa forme actuelle. Le prix
à payer est trop élevé, nous préférons encore le statu quo », dit
M. Massé.
Le président de la FTQ était accompagné devant la commission par
une importante délégation du bureau de direction de la FTQ dont le
secrétaire général, M. René Roy, et trois vice-présidents, MM.
Pierre Dupuis (SCFP), Clément L'Heureux (SCEP) et Louis Bolduc
(TUAC), ainsi que par M. Jocelyn Dupuis, directeur général du
Conseil conjoint de la construction FTQ.
« La FTQ s'oppose avec fermeté aux modifications proposées à
l'article 46, dit M. Massé. Les pouvoirs accordés à cet égard à la
nouvelle Commission des relations du travail pour jouer dans les
unités de négociation et les accréditations ne serviront, en fin de
compte, qu'à faire perdre des droits aux salariés et à leurs
syndicats. C'est une porte ouverte à tous les tripotages des
employeurs, y compris l'État, et un nid à chicanes continuelles. La
ministre du Travail s'est laissée influencer là-dessus par le lobby
patronal et, singulièrement, par le monde municipal. »
Une réforme attendue
« Nous regrettons de devoir nous opposer au projet de loi dans sa
forme actuelle, car il s'agit d'une réforme importante que nous
réclamons depuis belle lurette, et d'un pas en avant vers la
modernité, indique pour sa part M. René Roy, secrétaire général de
la FTQ. Le projet contient des éléments positifs pour alléger et
accélérer le processus de syndicalisation. Nous saluons la création
de la Commission des relations du travail, même si la
déjudiciarisation des rapports de travail ne va pas aussi loin que
nous l'aurions souhaité.
« Par contre, nous déplorons notamment l'absence de disposition
relative à la notion d'employeur unique, qui est à la source de
trop de conflits. De plus, la définition d'entrepreneur dépendant
est trop étroite et plus restrictive que celle du Code canadien du
travail et des autres législations provinciales. »
Syndicalisation et chômage
M. Massé a tenu à mettre les pendules à l'heure à la suite de
certaines déclarations patronales aberrantes voulant qu'un taux de
syndicalisation élevé s'accompagne d'un taux de chômage élevé.
Selon un relevé effectué par le Bureau international du travail
(voir en annexe), sur les douze pays ayant le taux de chômage le
plus faible dans le monde, sept ont un taux de syndicalisation plus
élevé que celui du Québec qui est de 40 %. Ces pays sont l'Islande,
le Luxembourg, la Norvège, l'Autriche, la Suède, le Danemark et
l'Irlande. « Le plein emploi est loin d'être incompatible avec le
syndicalisme », constate M. Massé.
Un peu de courage politique
« Nous demandons à la ministre du Travail Diane Lemieux et à son
gouvernement de faire preuve d'un peu de courage politique,
concluent MM. Massé et Roy. Ils doivent livrer la réforme du Code
du travail promise depuis deux élections, une réforme qui soit
favorable aux salariés et pas aux employeurs. Le gouvernement du
Parti Québécois se targue d'être social-démocrate et d'avoir un
préjugé favorable aux travailleurs. Il a là une belle occasion de
le prouver dans un dossier majeur pour nous, faute de quoi nous
adopterons la devise du Québec lors des prochaines élections ».
La FTQ, la plus grande centrale syndicale québécoise, représente
près d'un demi-million de membres.