50 ans de la FTQ: des mouvements précurseurs à
aujourd'hui
Un peu d'histoire...
L’histoire de la FTQ remonte aux premiers
syndicats qui se sont formés au 19e siècle. Une
histoire riche et multiple qui, des syndicats de métiers aux
syndicats industriels, s’est bâtie dans l’union. L’union, le mot
qui désignait les syndicats. L’union, la solidarité qui a rassemblé
des syndicats diversifiés dans un premier regroupement, le Conseil
central des métiers et du travail de Montréal créé en 1886.
Puis, en 1937, la Fédération provinciale du travail (FPTQ) est
créée pour représenter les sections locales québécoises des unions
nord-américaines : elle mène la bataille des huit heures de travail
par jour. En 1952, la Fédération des unions industrielles du Québec
est fondée : elle se bat contre les politiques du gouvernement de
Duplessis. La FTQ a émergé de l’union de ces deux fédérations en
1957.
Cette histoire, nous la racontons de diverses manières. Par les
images et les textes de l’Album souvenir préparé pour souligner les
50 ans de la FTQ. Par la chronologie des événements, les grandes
dates qui ont marqué la vie de la FTQ. Par les biographies des
hommes et des femmes qui ont consacré une partie de leur vie à la
cause ouvrière. Par les Chroniques du Vieux Gustave qui rendent
vivantes les conditions de vie et de travail de nos prédécesseurs.
Par un retour sommaire sur les congrès tenus par la FTQ depuis ses
débuts. Par les ouvrages de références à consulter pour en savoir
plus.
Cette histoire est encore à découvrir et à poursuivre.
Journées de 14 à 16 heures. Machines dangereuses. Locaux
insalubres. Salaires de misère. Voilà le sort des premiers ouvriers
et ouvrières de l’ère industrielle. Le vent commence à tourner avec
l’apparition des syndicats.
Balbutiements
Dès les débuts du 19e siècle, des ouvriers s’unissent pour
améliorer leur sort. Leurs premiers regroupements sont clandestins,
illégaux et éphémères.
La première centrale
Le syndicalisme commence à s’organiser sur des bases solides dans
les années 1860. Les unions nord-américaines de métiers puis les
Chevaliers du travail, artisans des syndicats industriels,
s’implantent au Québec. En 1886, ils fondent
ensemble le Congrès des métiers et du travail du Canada (CMTC),
l’ancêtre du Congrès du travail du Canada dont fait partie la FTQ.
Répression
Malgré l’adoption par le Parlement canadien, en 1872, d’une loi qui
légalise les syndicats et reconnaît le droit de grève, les
tentatives de syndicalisation continuent à être durement réprimées
par les patrons et les forces de l’ordre.
Résistance et gains
Les débuts du 20e siècle sont marqués par plusieurs arrêts de
travail spontanéset des grèves majeures organisées par les
syndicats. Dans les grandes fabriquescomme dans les services, on
revendique la reconnaissance syndicale, des hausses de salaire et
la diminution des heures de travail.
Ces batailles portent fruit. En 1908, la semaine de travail maximum
est fixée à 58 heures. L’année suivante, le gouvernement du Québec
interdit le travail des enfants de moins de 14 ans.
Heures sombres
Pendant la Grande Crise de 1929, les syndicats vivent des heures
difficiles. En 1933, un travailleur québécois sur trois est en
chômage. De 14 % qu’il était en 1909, le taux de syndicalisation
baisse à 10,5 %. Mais la flamme ne s’éteint pas.
De 1937 à 1957: De la loi du cadenas à l'émergence de la
FTQ
Une crise économique qui s’achève. Un régime anti-ouvrier et
antisyndical au pouvoir à Québec pendant 18 ans. Un conflit mondial
qui fait surchauffer les usines. Une période d’essor
économique après la guerre… C’est sur ce fond de scène que
naissent, à 15 ans d’intervalle, les deux fédérations fondatrices
de la FTQ.
La Loi du cadenas
Pendant son premier mandat, (1936-1939), le premier ministre
unioniste Maurice Duplessis pose plusieurs gestes anti-ouvriers. Sa
loi protégeant la province contre la propagande communiste, connue
comme la « Loi du cadenas », adoptée en 1937, sera à plusieurs
reprises utilisée contre les syndicats.
Une grande victoire
En 1944, le gouvernement libéral d’Adélard Godbout (1939-1944)
répond à une des demandes les plus importantes des syndicats en
adoptant la Loi sur les relations ouvrières, l’ancêtre du Code du
travail. Elle oblige notamment l’employeur à négocier de bonne foi
avec un syndicat formé de 60 % et plus des travailleurs et
travailleuses d’une unité de production.
La grande noirceur
À son retour au pouvoir, en 1944, Maurice Duplessis recommence ses
attaques et sa Police Provinciale vient régulièrement au secours
des patrons pendant les conflits de travail. En 1954, il fait
adopter deux lois qui prévoient la perte d’accréditation pour les
syndicats soupçonnés d’être dirigés par des « communistes » ainsi
que pour les syndicats des services publics qui recourent à la
grève ou menacent d'y recourir.
La première conquête : Le droit de se syndiquer
À la fin du 19e siècle, les syndicats sont passés de la
clandestinité à la légalité. Affaire réglée? Pas vraiment.
De la fondation de la FTQ à nos jours, les syndicats ont dû
batailler fermement pour être reconnus, se financer et recourir à
des moyens de pression sans entraves ni représailles.
La victoire du Code du
travail
En 1964, le gouvernement Lesage dépose le projet de loi 54, le
premier Code du travail du Québec. Il interdit le droit de
syndicalisation et le droit de grève dans les secteurs public et
parapublic. Le président de la FTQ, Roger Provost, s’engage avec
énergie dans la bataille pour faire modifier ce projet de loi. Il
convoque le premier congrès extraordinaire de la Fédération.
Sous la menace d’une grève générale votée par les 2 000
congressistes, le gouvernement recule et inclut ces droits dans la
loi 54.
Grandes percées dans le secteur
public
En 1966, dans la foulée de la grève illégale menée par les postiers
(FTQ) l’année précédente, le gouvernement fédéral reconnaît à son
tour les droits à la syndicalisation et à la grève pour les 260 000
fonctionnaires fédéraux.
Après ces deux victoires, le taux de syndicalisation grimpe en
flèche. Entre 1966 et 1971, la Fédération des travailleurs du
Québec et le Congrès du travail du Canada gagnent 60 000 nouveaux
membres au Québec.
Points tournants au privé
Dans les années 1970, de violents affrontements opposent briseurs
de grève et syndiqués pendant les conflits de travail et plusieurs
employeurs refusent d’appliquer la formule Rand qui prévoit la
perception obligatoire des cotisations syndicales à la source.
En 1973, plus de 400 grévistes de la FTQ et de la CSN occupent les
bureaux du ministre du Travail, le libéral Jean Cournoyer, pour
réclamer l’adoption d’une loi anti-briseurs de grève.
Le 21 juin 1975, à l’appel de la FTQ, 100 000 travailleurs et
travailleuses débraient pour réclamer la perception obligatoire des
cotisations syndicales et l’adoption d’une loi anti-briseurs de
grève, en appui aux syndiqués de la United Aircraft (aujourd’hui
Pratt & Whitney) en grève depuis le 9 janvier 1974.
En décembre 1977, ces deux mesures deviennent partie intégrante du
Code du travail du Québec.
Les patrons résistent
encore
Encore aujourd’hui, plusieurs campagnes de syndicalisation, comme
celles de Wal-Mart et des restaurants McDonald, sont marquées par
l’intimidation, le congédiement de militants et de militantes, le
chantage aux mises à pied allant jusqu’à la fermeture et à l’abus
de recours juridiques…
À l’ordre du jour
Le Québec affiche le plus haut taux de syndicalisation en Amérique
du Nord. Il tourne autour de 40 %. Cependant, des groupes
importants, surtout parmi les femmes, les petits salariés, les
travailleurs et les travailleuses autonomes et
les jeunes, n’ont pas encore accès aux avantages du syndicalisme.
La conquête de ce droit demeure donc encore à l’ordre du jour.
La mission politique
Le premier champ de lutte des syndicats ce sont les milieux de
travail. C’est d’abord là qu’ils font reconnaître les droits de
leurs membres.
L’action politique que mène la FTQ depuis ses origines vise à
étendre ces gains au plus grand nombre et à les consolider dans des
lois. Plus globalement, cette action a pour objectifs d’instaurer
au Québec un régime de justice sociale, de dignité de l’individu et
de liberté démocratique.
Action électorale
Depuis 50 ans, la FTQ porte haut et fort son projet de société sur
toutes les tribunes, y compris sur la scène électorale.
Ponctuellement, la FTQ a accordé son appui à des partis politiques
: le NPD, puis le Bloc Québécois sur la scène fédérale, le Parti
Québécois au Québec.
Ces appuis conjoncturels n’ont jamais été des cartes blanches, ni
automatiques. Entre les scrutins, la FTQ maintient une distance
critique face aux partis politiques
et préserve intégralement son autonomie politique.
Reconnaissance, confrontation
Avec la Révolution tranquille, une ère nouvelle s’amorce dans les
relations du mouvement ouvrier avec l’État. Les gouvernements
prêtent oreille aux leaders syndicaux et les consultent avant
d’adopter des projets de loi.
En 1971, la FTQ publie le manifeste « L’État, rouage de notre
exploitation. » qui accuse l’État de complicité avec le « grand
capital ». La Fédération mise d’abord sur les rapports de force
pour obtenir des changements sociaux.
Concertation
L’arrivée au pouvoir du Parti Québécois, en 1976, ouvre une période
de réformes majeures favorables aux travailleurs et aux
travailleuses. De plus, les syndicats sont reconnus comme des
acteurs de premier plan de la société québécoise.
Depuis, la présence des syndicats est devenue incontournable dans
tous les grands sommets socioéconomiques et au sein des conseils
d’administration de plusieurs organismes nationaux et régionaux
créés par l’État.
Sur tous les fronts
La FTQ, ses syndicats et Conseils régionaux manifestent désormais
leur présence sur tous les fronts : par la concertation et dans la
rue, lorsqu’il le faut.
Ainsi, elle a dénoncé les décisions anti-démocratiques du
gouvernement libéral de Jean Charest, en 2003. Elle avait travaillé
à l’organisation du Sommet des peuples des Amériques, en 2001, et a
manifesté contre les guerres en Irak et au Liban.
Question nationale
québécoise
En 1971, le congrès de la FTQ affirme le droit du Québec à la
souveraineté. En 1980, 90 % des 2 200 membres réunis en congrès
extraordinaire concluent que cette option est la meilleure voie
pour faire avancer la cause des travailleurs et des travailleuses.
Pour cette raison, la FTQ a défendu l’option du OUI lors des deux
référendums sur l’avenir du Québec, en 1980 et en 1995.
FTQ aujourd'hui: Une vrai force en action pour tout le
monde
La FTQ est la plus grande centrale syndicale au Québec. Elle
représente plus de un demi-million de travailleurs et de
travailleuses, actifs dans toutes les régions et dans tous les
secteurs de l’économie québécoise.
Action locale
La Fédération est présente dans des milliers de lieux de travail,
grâce aux quelque 5 000 unités locales des 40 syndicats québécois,
canadiens et nord-américains affiliés au CTC et présents au Québec.
Les unités locales sont la pierre d’assise de la FTQ. Elles sont
responsables de la vie syndicale au quotidien, de la négociation et
de l’application des conventions collectives.
Concertation régionale
La force de la FTQ repose également sur la vitalité de ses 17
Conseils régionaux, qui regroupent sur une base territoriale les
sections locales affiliées à la Fédération.
Ces Conseils sont les grands artisans des solidarités tissées entre
les membres de la FTQ. Ils développent et consolident aussi des
liens entre les syndicats et les autres acteurs de la société
civile, partout au Québec. Ils sont l’outil des prises de position
et des actions communes sur les grands enjeux de développement
social, économique
et culturel de leurs milieux.
« Souveraineté-association »
syndicale
L’histoire de la FTQ, c’est aussi celle de la conquête de son
autonomie au sein du Congrès du travail du Canada, la grande
centrale syndicale canadienne.
En 1957, la FTQ est, au plan juridique, un regroupement
territorial, comme ceux qui existent dans les autres provinces.
Elle a très peu d’autonomie par rapport au CTC.
Au milieu des années 1960, ses dirigeants amorcent la bataille pour
obtenir tous les pouvoirs d’une véritable centrale.
La FTQ gagne des points, d’abord moralement, puis officiellement.
En 1974, le CTC transfère à la Fédération la responsabilité pleine
et entière en éducation syndicale ainsi que la coordination des
Conseils régionaux. En 1993, une entente historique scelle les
nouveaux rapports entre le CTC et la FTQ : désormais, les deux
centrales vivent une relation de «souveraineté-association » unique
au sein du mouvement syndical canadien.
La FTQ assume aujourd’hui en exclusivité toutes les responsabilités
de coordination et de représentation des affiliés québécois du CTC.
La FTQ est également la seule instance provinciale du CTC qui
déploie des activités internationales sur ses propres bases.
FTQ demain: Au coeur du changement une mission principale
Pour célébrer son 50e anniversaire, la FTQ a tenu à retracer le
chemin parcouru. On le voit ici, sa mission fondamentale est restée
la même : rassembler et mettre en commun les énergies de ses
affiliés pour contribuer au changement social du Québec. C’est,
plus que jamais, son grand défi.
Un monde en mutation
Au Québec, des pans entiers du secteur manufacturier québécois
s’effondrent. L’intégrité et la transparence des systèmes publics
de santé et d’éducation sont menacées. Plusieurs emplois sont
transférés, à vil prix, à l’autre bout de la planète. La survie de
plusieurs communautés en région est en péril.
Face à cet environnement social, économique et politique mouvant,
il faut constamment de nouveaux axes d’intervention, adopter de
nouvelles stratégies d’action, investir de nouveaux champs de
lutte.
Malgré ces nuages noirs, la FTQ a plusieurs raisons d’envisager
l’avenir avec confiance.
Les outils de notre force
collective
La FTQ possède aujourd’hui l’autonomie qui lui permet de déterminer
ses priorités et d’ancrer ses actions au coeur des enjeux
particuliers de la société québécoise. Ses principaux outils de
mise en oeuvre sont ses services et ses réseaux de militants et de
militantes.
Leurs actions reflètent les priorités de la centrale : faire
respecter les droits fondamentaux du travail, le droit à un revenu
décent, à la santé et à la sécurité au travail, à l’égalité entre
les hommes et les femmes, de travailler en français, etc. Mais
aussi contribuer à bâtir une société plus juste et plus
démocratique.
Face au phénomène de mondialisation actuel, la FTQ participe à
l’effort du mouvement syndical qui renforce ses structures et son
action à l’échelle internationale. Elle oeuvre plus
particulièrement auprès d’institutions internationales pour
qu’elles assujettissent les règles économiques mondiales au respect
des droits fondamentaux et au développement de la justice sociale.
La relève est là!
En 50 ans, la FTQ a grandi en nombre, en expérience. Elle a imaginé
de nouvelles façons de faire avancer la cause des travailleurs et
des travailleuses et les a concrétisées. Elle a tissé des
alliances, ici et ailleurs dans le monde, avec des organisations
qui cherchent, comme elle, la justice sociale, la paix et le
respect des droits fondamentaux des travailleurs et des
travailleuses, d’où qu’ils viennent et où qu’ils soient sur la
planète.
En 2007, la FTQ est la centrale syndicale qui rassemble le plus
grand nombre de jeunes de moins de 35 ans. Elle regroupe aussi le
plus grand nombre de travailleuses syndiquées au Québec, qui
représentent le tiers de ses effectifs.
Ces hommes et ces femmes engagés, dans la lutte pour la justice et
l’amélioration du sort collectif, constituent la réalité
quotidienne de cette force en action qu’est la FTQ.