2009-05-04
Au nom de la dignité des travailleurs
agricoles
Patricia Perez
L’arrivée
Tantôt gardienne d’enfants, tantôt dame de compagnie pour gagner sa
vie, Patricia déjà sensibilisée à la cause des travailleurs, ne
tarde pas à se préoccuper du sort de ses compatriotes qui, par
milliers, travaillent dans les champs du Québec. Elle découvre très
rapidement la surexploitation de cette main-d’œuvre ignorante des
lois et des règles du travail ici et qui plus est, ne peut
communiquer faute de connaissance du français.
L’action
C’est alors qu’elle décide de s’approcher d’eux. Pour ce faire,
elle visite des lieux où elle croit pouvoir rencontrer ses
compatriotes. Patiemment, elle leur distribue des cartes sur
lesquelles elle offre son soutien.
Le résultat
L’effort porte ses fruits. En septembre 2003, elle reçoit un
premier appel. Un homme travaillant dans les champs de tabac, qui
s’est fracturé et brûlé la main dix jours auparavant, est demeuré
sans soins médicaux. Son employeur, ne voulant rien payer ni le
diriger vers un centre de premiers soins, s’arrange plutôt pour
l’expulser du pays sous escorte de deux fiers-à-bras. Témoins de
cette cruauté, certains travailleurs sortent de leur mutisme. Et
c’est ainsi que pendant deux ans, sur son temps de loisirs,
Patricia visitera les fermes de la Montérégie et de Lanaudière et
d’autres régions. Elle apporte de la nourriture et cherche à
rencontrer des travailleurs qui oseront parler des conditions de
travail sur ces fermes. Très souvent mal logés, mal nourris,
spoliés de leur passeport, ces travailleurs ignorent jusqu’au nom
du village où ils habitent. Patricia décide alors de dénoncer la
situation. Le consulat l’accueille froidement. On ne fait rien. On
lui fait comprendre qu’elle n’a pas à se mêler de ces histoires et
de laisser les autorités concernées se débrouiller avec « ça ».
Loin d’être découragée, elle redouble d’ardeur et décide de tout
apprendre sur les accords gouvernementaux et sur les contrats
convenus avec les employeurs. Elle entreprend une vaste campagne de
dénonciation et présente le manifeste de Joliette signé par 200
travailleurs. Elle en envoie des copies partout, même à
l’Organisation internationale du travail (OIT).
Une telle action ne pouvait demeurer sans écho. Michael Fraser,
ancien directeur national des TUAC, lui demande de créer un centre
d’appui aux travailleurs agricoles. Elle accepte le défi et devient
alors une employée du syndicat. Les TUAC mettent à sa disposition
un « Wanabago » lui permettant de stationner là où passent les
travailleurs. Forte de l’appui syndical, elle mène sa lutte contre
l’inaction des autorités. Elle donne des cours de français et
informe les travailleurs immigrants sur les lois et droits du pays.
Selon Patricia, les travailleurs agricoles sont environ 5000 au
Québec, travaillant la plupart du temps six jours et souvent sept
jours par semaine. C’est un mythe de croire qu’ils ne sont là que
pour quelques mois. Il s’agit souvent de période de onze mois et
demi, dans la culture en serre, par exemple.
Mais avec l’aide du syndicat, elle voit l’avenir avec optimisme.
Son but : que les travailleurs soient traités de la même façon, peu
importe leur origine et la durée du contrat; une seule loi, une
seule réglementation pour un traitement égal.
Malheureusement, la maladie a interrompu l’action de Patricia. Mais
elle a ouvert la voie à l’amélioration des conditions de vie et de
travail des travailleurs agricoles.
La force du mouvement syndical repose sur l’héroïsme discret de
militante comme Patricia.